Ted

Adieu les enfants, bonjour les sales gosses

Quelques conclusions jaillies à la sortie de la salle, juste après avoir vu le film de Seth MacFarlane : 1. Un ours en peluche animé en images de synthèse peut se révéler plus expressif que Mila Kunis ; 2. Il est frappant de voir que le cinéma ne fait quasiment plus rêver les spectateurs en les projetant vers un avenir, fût-il proche, mais en les ramenant sans cesse vers leurs souvenirs ; 3. La comédie fantastique (ou merveilleuse – on va pas commencer à chipoter) a définitivement renversé ses fondements, et elle a gagné en maturité dans l’opération.

Je ne pense pas qu’il soit très utile de développer le point 1.

Une très large part de l’humour de Ted fonctionne par convocation de références communes, généralement issues de la culture geek. C’est assez frappant dans le générique du film, composé en grande part de photos où les deux personnages principaux font référence à des films pour figurer le temps qui passe. La plus insistante référence, par la suite, c’est évidemment Flash Gordon, et il est amusant de constater que le rétro-futurisme ringard de ce nanar culte devient l’un des principaux ressorts comiques (pas le plus concluant, d’ailleurs) d’un long métrage d’aujourd’hui. Est-ce par paresse ou par assèchement de l’imaginaire et de l’espérance dans l’avenir ? Évidemment, c’est ici la culture des trentenaires – et leur attachement à l’enfance qui a été tant analysé ces dernières années – qui s’impose, mais il n’est pas certain que les cinéastes ne gagnent pas à s’interroger sur la pertinence à moyen voire long terme de cette « piste créative »… qui révèle tout de même des limites plutôt ennuyeuses.

Mais venons-en au point principal. Ted, comme Les Muppets (de James Bobin) l’an dernier, est une comédie très réussie. Et, exactement comme Les Muppets, la réussite tient en grande partie dans l' »oubli » du postulat de départ au profit d’une intrigue ou d’un propos qui le dépassent largement. C’est d’ailleurs – ça n’a rien d’un hasard – sur ce point que se vautrent lamentablement un certain nombre de films. Prenons l’exemple d’un des plus récents : Les Schtroumpfs, de Raja Gosnell : parmi ses milliers de défauts, le principal était de nous resservir le décalage et l’étonnement liés à l’irruption de petits hommes bleus dans notre monde. (Oui, je sais : cette idée était déjà, en elle-même, une trahison du matériau d’origine…)

Rien de tout cela ici. Ted commence comme une vieille production Amblin (c’est à la mode), dans une banlieue middle-class qui va voir surgir une créature fantastique (un ours en peluche qui parle, donc) au moment des fêtes de Noël. Pourtant, l’esprit Amblin est dynamité en quelques secondes. Ou plutôt, rapidement expédié, pour passer à la suite ; ce qui se passerait après un film classique, en réalité. La surprise, la peur, l’émerveillement, tout ça est parcouru au pas de course, et on ne reviendra pas dessus. La voix off, géniale de parasitage en continu du film à la façon de sales gosses qui zoneraient au fond de la salle de cinéma, va d’ailleurs le souligner : oui, il y a un ours qui parle, mais « tout le monde s’en tape ». Tant mieux. Le décalage n’en fonctionne que mieux.

Dans Les Muppets, déjà, il y avait cet effet très efficace qui consistait à sans cesse remettre en cause le fait qu’on se trouvait dans un film (vas-y que je fais une référence à la durée ou au budget, et vas-y que sais bien que je suis en train de chanter, et vas-y qu’on va « voyager sur la carte » pour aller plus vite, etc.) mais à aucun moment la coexistence d’humains et de marionnettes. Même Roger Rabbit mettait en scène la différence profonde, conflictuelle entre humains et toons. Là, jamais : un homme et un « muppet » peuvent être frères, et l’ours en peluche Ted peut chercher un emploi ou draguer, aucun problème. C’est drôle en soi, pourtant le vivier de blagues et les ressorts scénaristiques résideront ailleurs. Et c’est cela, bien plus par exemple que la vulgarité crassouille et le défouloir d’insolence affichés dans le long-métrage de MacFarlane, qui fait de ces films de vraies comédies pour adultes. On quitte le domaine de l’adolescence et son besoin de reconstruire un univers, avec ses propres repères de vraisemblance, pour entrer dans des fictions libres dont la créativité peut se déployer d’autant mieux.

A part ça, le film est aussi une variation sur la peur de quitter l’enfance, ce qui ne constitue pas sa plus grande réussite. Mais c’est très drôle.

Comme Les Muppets, d’ailleurs.

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1 commentaire
  1. Julien 2 a dit:

    Et la scène de baston entre Ted et Mark Wahlberg est excellente !!

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