Savages

Pétard mouillé

Autant se le dire franchement : Savages fait partie de ces films qu’on regarde avec un sentiment coupable, partagé entre répulsion et voyeurisme. Et je ne parle pas de la violence ou du sexe qui s’étalent sur l’écran ; non, la répulsion et le voyeurisme se situent dans l’observation fascinée d’un cinéaste qui se débat pour renouveler son style, sans jamais y parvenir.

Alors, bien sûr, j’ai lu les critiques publiées ici et là sur ce nouveau long métrage d’Oliver Stone – pour une bonne part d’entre elles, le commentaire est relativement élogieux. Au risque donc de passer pour le beauf qui n’a rien compris (c’est sûrement vrai par ailleurs) : je ne m’étais pas autant ennuyé au cinéma depuis bien longtemps, et je ne dois mes sursauts d’attention qu’à ces moments où le film est parvenu à m’énerver. Parce que là où certains ont vu une fraîcheur retrouvée, je n’ai distingué qu’un réalisateur qui pompait tout ce qu’il pouvait à droite ou à gauche, et se montrait incapable d’affirmer un point de vue personnel sur le reste.

Prenons par exemple les quelques effets pseudo-stylistiques torchés comme autant de citations de Descartes hors contexte dans une copie de philo au bac. Il faudrait que quelqu’un dise quand même à Oliver Stone que la voix off qui laisse planer le doute en début de film sur la survie du personnage à la fin, c’est absolument interdit depuis (au moins) American Beauty. Et je suis sympa. Même chose d’ailleurs pour la fin alternative qui est interdite depuis… non, en fait, qui devrait être interdite tout court. A ce compte-là, autant nous servir un personnage qui se réveillerait une veille de Noël dans un monde où il n’a jamais existé ; ça serait à peine moins voyant. Sans compter les plans subitement en noir et blanc, faussement oniriques, qui ponctuent le film comme autant de « t’as vu » dans la bouche d’un dealer de quartier. Aucun intérêt.

Dommage, d’ailleurs, car quelques uns des acteurs se révèlent plutôt bon au milieu d’un machin aussi foutraque. Salma Hayek est impériale (son personnage est d’ailleurs de très loin le plus intéressant), suivie de près par Benicio Del Toro et John Travolta (au moins, ces trois-là s’amusent). Aaron Taylor-Johnson se débrouille comme il peut, en bien, mais il n’est pas aidé par le fait qu’Oliver Stone les filme dès qu’il peut, lui, Taylor Kitsch et Blake Lively, comme des pubs de parfums sur pattes. C’est pas que ce soit fondamentalement désagréable à regarder, mais ça finit par lasser.

Et puis, il y a ce dramatique problème de point de vue. Comme les deux personnages principaux (Ben et Chon, les héros du cannabis), qui prétendent vendre une herbe pure et « équitable » – c’est à dire sans violence et en reversant une part de leurs bénéfices à des projets de développement – Savages voudrait à la fois être une dénonciation de quelque-chose-de-pas-bien-mais-on-ne-sait-pas-tellement-quoi-au-fond et surfer sur le plaisir du spectateur à regarder un pur film sauvage et cynique en avalant du pop-corn. Résultat : on ne sait pas où l’on va, et si l’on croit un instant y voir l’histoire de la fin d’un idéalisme post-adolescent, la conclusion du film vient radicalement démentir la moindre évolution des personnages à ce niveau. Il se dégage de tout ça le sentiment d’une parenthèse absurde et totalement vaine : une sorte de mélange entre un « what the fuck » et un « what’s the point »

Un peu comme Burn after reading des frères Coen. Sauf que c’était une comédie.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :