The Bourne Legacy

La suite dans la peau (pas dans les idées)

Qui a eu l’idée brillante de traduire le titre original The Bourne Legacy en Jason Bourne : l’héritage ? Je sais que les distributeurs français sont d’affligeants traducteurs, mais tout de même : réussir le tour de force de donner le nom de « Jason Bourne » au seul film (à l’heure actuelle) de la saga qui ne soit pas centré sur cet agent, c’est vraiment un sublime ratage ! Exit, donc, les titres « dans la peau » ; dommage simplement que ce ne soit pas pour éviter le ridicule… Et le choix marketing vient renforcer cette impression étrange qui parcourt tout le long métrage.

Pour cette quatrième mission de l’agent Tony Gilroy (scénariste des précédents, propulsé ici réalisateur), le défi était donc le suivant : donner une suite aux aventures de l’agent secret amnésique Jason Bourne… sans lui. Puisque Matt Damon a décidé de raccrocher. Eh bien, devinez quoi : ça se voit ! Comme les oreilles au milieu de la figure (et faites-moi confiance : des oreilles au milieu de la figure, c’est vraiment un truc très voyant !).

Dès ses premières minutes, The Bourne Legacy s’inscrit donc dans la liste – assez embarrassante – des films qui ont besoin de justifier leur propre existence. Pour cela, Gilroy ressort du placard le procédé scénaristique le plus efficace du troisième épisode (The Bourne Ultimatum / La Vengeance dans la peau) : inscrire son action en partie pendant le film précédent, pour bousculer les certitudes du spectateur. Sauf que ce qui était un tour particulièrement habile hier devient aujourd’hui un vague gimmick totalement vain, une vulgaire rustine qui ne parvient pas à masquer à quel point l’édifice est atrocement bancal.

En cela, l’écriture rappelle inexorablement un genre littéraire parmi les plus ingrats : la préface. Vous savez, une préface, c’est ce texte écrit après un ouvrage, destiné à constituer un argument de vente supplémentaire, et dont l’auteur passe le plus clair de son temps à se demander ce qu’il fout là et à s’en excuser. Tout ce Bourne Legacy est conçu selon ce principe : on bricole a posteriori une intrigue censée éclairer la trilogie d’un jour nouveau (rires), et comme on sent confusément que ça n’a rien à voir, on prend le soin de se trouver des excuses en permanence. Les images de The Bourne Ultimatum (à Waterloo Station, notamment), les personnages secondaires qu’on recroise ici de façon fugace, les chaines info qui nous permettent de nous rappeler en parallèle le déroulement du troisième opus, tout cela ne ressemble jamais à rien d’autre qu’une tentative désespérée de raccrocher les wagons. En soi, l’exercice de style finirait même presque par avoir quelque chose de fascinant.

Il y a aussi un plan tout à fait symptomatique de ce problème (n’ayons pas peur des mots) ontologique du film. Dans les premières 15 minutes, le nouveau héros – Aaron Cross – passe une nuit dans un chalet d’Alaska où l’on comprend que tous les agents de son « programme » sont passés à tour de rôle. Sur une planche de bois, chacun a gravé son nom (les mecs sont des agents super-secrets, et ils marquent leur passage comme des ados dans des chiottes de lycée – passons…). En coin, on devine une inscription « …son Bourne », d’ailleurs gravée plus profond que les autres. Eh bien la caméra se sent obligée de repasser et s’arrêter dessus pour être bien sûre qu’on ne la loupe pas. A ce niveau, ce n’est pas du clin d’œil, ni même un « héritage » ou une filiation : c’est carrément de l’usurpation.

Le principe même de la saga des aventures de Jason Bourne était de montrer un héros en quête de lui-même (son identité, sa vie, son droit d’exister) poursuivi par l’agence qui l’avait « créé ». C’est exactement dans cet esprit que se situe cette suite-reboot-spin off (ah oui, j’ai entendu aussi parler de « sidequel ») : le film court après Jason Bourne. Mais ne parvient jamais à l’attraper.

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7 commentaires
  1. blogblog1309 a dit:

    Euh pas d’accord avec toi, regardes les chiffres, l’objectif est atteint, le film n’est certes pas un chef d’oeuvre mais il a passé la barre des 210 milllions de dollars de recettes. http://boxofficemojo.com/movies/?page=main&id=bourne4.htm .
    La Franchise est relancée à mon avis pour 1 ou 2 films, et avec la conclusion sur la mise en accusation de Pamela Landy on ouvre même la porte à un cross over avec Matt Damon de retour (les recettes pouvant le remotiver, que veux tu il faut bien vivre) du type Avengers!
    On n’est pas dans le gimmick là mais dans la stratégie marketing qu’Hollywood maîtrise pas mal pour générer des dollars, c’est pas romantique mais sacrément pro!
    Gillroy ayant contribué au script des précédents, il y a bien continuité, même si le reboot n’était pas gagné et que le film je le concède n’est pas au niveau des précédents, mais çà n’est pas une bouse!

  2. Alors, deux choses :
    1. Je n’ai pas dit que le film était une bouse. Pris indépendamment de la franchises « Bourne », il serait certainement bien plus acceptable. Ce que je dis, et je le maintiens, c’est que c’est une arnaque ; et une arnaque grossière, encore ! (Certes, on s’en doutait.) Il y aurait bien des choses à dire encore sur la réalisation – la caméra au cœur de l’action de Greengrass cède la place à un montage beaucoup plus plan-plan, par exemple – mais ce billet se contentait d’analyser le « raccrochage de wagons ».
    2. Si on commence à juger des qualités d’un film en fonction de ses chiffres au box-office, autant arrêter de parler cinéma. Les goûts du public sont infiniment respectables, mais ça ne m’empêchera pas de poser un point de vue personnel sur les longs métrages que je vois.

  3. Eh bien si je puis me permettre de poser moi-même un point de vue personnel – j’vais m’gêner, té ! – : je te trouve un peu vache, tout de même. Certes, comme toi, l’insistance du titre sur la filiation avec Jason Bourne (ce qui du même coup contrevient aux habitudes de la licence, avec la disparition que tu signales du « … dans la peau. ») ne m’a pas semblé du meilleur effet. Même si le titre de ce « 4° » film est presque identique au sous-titre du 4° roman (« l’héritage de Jason Bourne »).
    En revanche, j’ai pour ma part trouvé que les quelques raccords avec l’opus précédent étaient bienvenus et suffisamment discrets. Je n’aurais sans doute pas apprécié que le scénario de « Bourne legacy » ait été truffé de références constantes aux autres films, et je trouve contrairement à toi qu’il a une autonomie certaine par rapport à la « trilogie Bourne ».
    Je n’ai pas trouvé non plus que la façon de filmer était en rupture avec celle de Greengrass, en tous cas ça ne m’a pas été désagréable. Ceci dit, je suis d’accord sur le fait que, dans l’ensemble, le film est de moins bonne qualité.
    Et la fin ouverte avec la mise en accusation de Pamela Landy, j’ai bien aimé également.
    Mais je t’aime bien quand-même, Edmond ! ^^

  4. Oui, mais en fait, c’est le cœur de ce que je reproche au film : vouloir absolument se raccrocher à la trilogie Bourne, alors que (soyons honnêtes) c’est une nouvelle aventure totalement indépendante. Ce n’est pas franc, comme façon de procéder.

    Quant à la différence avec Greengrass, elle est simple : il filmait l’action de plus près, sans recourir à des artifices de montage pour se faciliter la tâche.

  5. blogblog1309 a dit:

    Edmond: Alors là désolé en tant que cinéphile averti tu ne peux quand même pas reprocher à Hollywood d’être cynique et faire du business. Jason Bourne est une franchise et il fallait faire un reboot ou spin off! Spiderman, done, Batman, done, superman, done. C’est du classique! Et la production ne s’en cache pas, elle reprend les codes y compris BO et fait tourner le film par un des auteurs des scripts précédents! Désolé mais on n’est pas en présence d’un film issu de Sundance! Et sur la totale indépendance, moi je sens gros comme une maison que vu les chiffres ils vont tenter un crossover avec le 6 et Matt Damon si Jeremy Renner tient bien la barre avec le 5! Voire même directement au prochain! Y pas d’arnaque, Jeremy Renner est Bankable et connu et attire sur son nom, il enchaîne les blockbusters dont Avengers! On le voit en gros sur l’affiche, elle est où l’arnaque! Legacy en Anglais ça veut dire aussi hommage à un disparu, et il y a l’idée de transmission, et là c’est le cas le relais est pris! Mais je t’aime bien aussi quand même Edmond! :-)

  6. Et donc, relis ce que j’en dis.
    J’ai même la prétention de penser qu’on pouvait être cynique et poursuivre la franchise plus intelligemment que ça. Même si le rêve, ce serait encore qu’ils aient su s’arrêter à temps. Après tout, Nolan est bien capable d’arrêter au bout de 3 « Batman ».
    Quitte à me répéter : la façon qu’ils ont de raccrocher les wagons est surtout bébête et lourdingue, et je trouve ça vraiment dommage. C’est ça que j’analyse. Point.

  7. blogblog1309 a dit:

    Attend les 3 Batman c’était prévu! Là tu as un gars qui a une opportunité de passer du script à derrière la caméra, vu la compétition à Hollywood c’est dur de refuser, et ce que regarde le studio comme résultat c’est peut être triste mais c’est çà… http://www.boxofficemojo.com/movies/?id=bourne4.htm 225 millions de dollars en 52 jours d’exploitation…
    Après ok avec toi ça n’est pas au niveau des 3 autres, mais ça passe honorablement, le public a voté avec son portefeuille… Et d’accord avec CS au contraire je trouve qu’ils n’en font pas des tonnes sur les wagons, juste ce qu’il faut! Mais t’es un mec sensible alors il t’en faut moins que les autres! Moi ça faisait longtemps que j’avais vu le dernier, alors j’avoue que les rappels en plusieurs coups m’ont permis de me rappeler l’intrigue passée et faire le lien… Le film frais dans ma tête j’aurais peut-être trouvé ça trop lourd effectivement…

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