Confession d’un enfant du siècle

Sale temps pour les libertins

Puisque c’est « la » grande attraction du film, parlons-en : la star de ce Confession d’un enfant du siècle n’est donc pas Musset (quoique plutôt fidèlement servi ici) mais Peter Doherty. J’ai lu quelque part dans une interview de Sylvie Verheyde qu’il avait été question (ou pas ?) à un moment donné de transposer l’histoire de nos jours. Clairement, le choix de ne pas apporter l’histoire à notre époque, mais plutôt notre époque à l’histoire est payant. Car voilà, si je résume : Doherty, ex-leader des Libertines, abonné aux cures de désintox et à la Une des tabloïds pour sa vie amoureuse chahutée, joue ici Octave, libertin en perte de repères. Gros smiley qui fait un clin d’œil.

Sauf qu’en fait, non. A la vue du film, ce choix qui aurait pu sembler un superbe argument marketing se révèle plutôt intéressant. Pas tant parce que l’acteur Doherty est bon : il ne joue pas suffisamment pour qu’on puisse s’en rendre compte, à vrai dire. En revanche, la silhouette de ‘Pete’ se traîne de façon désincarnée au milieu de ces décors déchanés, et – miracle – on y croit. On le sent même avec force, le « mal du siècle » (mais de quel siècle, au fond ?) : ce mélange détonnant de libertinage, de désœuvrement, de quête de sens, de désespoir et de romantisme dans la pire de ses acceptions (donc à peu de choses près réduit à l’ivresse d’une fascination morbide). Comme dans le Marie Antoinette de Sofia Coppola, vers lequel lorgne le film, hélas sans parvenir à se montrer aussi passionnant, on retrouve les névroses d’aujourd’hui avec juste ce qu’il faut de distance et de costumes pour qu’on les observe d’un œil neuf. Accessoirement, les réflexions sur la fin d’une époque, la décrépitude de la société et le cétaitmieuxavantisme appliqué à la jeunesse trouvent une résonance bien ironique dans les mots de Musset qui parcourent le film en voix off (et en anglais).

Ironique et cruelle, car l’absence d’espérance autant de rédemption possible révèle bien déjà ce que seront les années et les siècles à venir. Tout semble froid ; il n’y a plus de foi, plus de feu, plus d’esprit pour animer ces êtres comme abandonnés au désespoir d’eux-mêmes.

Ce qui fascine, ce n’est pas tant la « modernité du propos » (ce stéréotype postmoderne) que l’ancienneté de nos écueils d’aujourd’hui. Le parallèle joue comme un révélateur de ce que Musset esquissait dans ses lignes. Il y a un moment où, face à l’écran, l’on ne sait plus trop si on regarde Octave ou Peter ; et d’ailleurs, on s’en moque un peu. On suit le parcours cahotique d’un jeune homme à la peau plus blanche que la neige et aux cheveux plus noirs que l’ébène, au regard hébété, qui soupire davantage qu’il ne parle, s’extirpe en vomissant d’une orgie, titube au matin d’une nuit de flacons en tous genres (titube tout le temps, à vrai dire) et joue lascivement avec un revolver sur son propre visage ou un couteau sur la peau de sa maîtresse. Il est aussi énervant que Charlotte Gainsbourg peut être touchante en veuve de dix ans son aînée, qui renaît progressivement alors que son jeune amant ne fait que s’enfoncer toujours davantage.

Là-dessus, viennent se greffer de longues scènes de marche dans la nature, des rayons de soleil derrière des arbres, des pas dans les feuilles mortes ou la neige (les personnages ne vont pas bien, alors c’est l’hiver toute l’année). C’est peut-être cette langueur stylistique qui agace le plus et court à tout instant le risque de nous ennuyer définitivement. Et pourtant, dans ce décorum réduit au strict nécessaire, il y a quelque chose de ces lentes confessions que l’on a bien envie d’absoudre.

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