Adieu Berthe (ou l’enterrement de mémé)

Un p’tit tour, et puis s’en revient

J’aime beaucoup le double titre de ce film ; en fait, pour tout dire, je suis aussi sceptique sur le principal qu’enthousiaste à propos du second. Il y a un charme beaucoup trop négligé des sous-titres, surtout quand ils sont aussi littéraux que celui-ci : « L’enterrement de mémé », c’est à la fois descriptif, trivial et intimiste. Le contraire absolu d’un titre élégant – alors même que l’association des deux titres est justement d’une élégance toute littéraire. Faut-il lire et écrire Adieu Berthe ? Adieu Berthe – L’enterrement de mémé ? Adieu Berthe (L’enterrement de mémé) ? Adieu Berthe, ou l’enterrement de mémé ? La possibilité même de cette interrogation au moment d’écrire le titre de l’article me réjouit. Et ce plaisir là est bien à l’image du film.

Je comprends parfaitement qu’on y reste hermétique, mais il y a dans le cinéma de Bruno Podalydès (et son frère Denis le complète très bien de ce point de vue) une théâtralité et un sens du burlesque qui font que j’en ressors presque toujours avec un grand sourire au lèvres. Et ici, la prestidigitation sert de symbole de la dimension très artisanale du film, qui n’est lui-même qu’une vaste illusion renversée : la femme qui disparaît révèle un homme coupé en deux.

La femme, c’est Berthe, la grand-mère oubliée, autrefois amoureuse d’un magicien. L’homme coupé en deux, c’est Armand (Denis Podalydès), un pharmacien de Chatou partagé entre sa femme et sa maîtresse, et lui-même magicien à ses heures. On le découvre d’abord la tête dans une boîte, dans laquelle Valérie Lemercier (la maîtresse) enfonce des couteaux. C’est un homme qui dissimule ses sentiments comme on escamote des cartes et qui détourne l’attention de ses proches par de belles tirades alambiquées… Et puis voilà, la cape craque un peu. Dans la salle, on ne sait pas trop si on doit rire ou pleurer ; alors dans le doute on rit. Armand déambule d’un lieu à un autre et croise des personnages secondaires qui ne font même pas avancer l’intrigue, avec qui il parle comme pour gagner encore un peu de temps avant de devoir arrêter sa comédie et reprendre sa vie.

Autre élément théâtralisé ici : le téléphone portable (qui sonne avec un sifflement de marmotte), et plus particulièrement les textos. A l’heure des smartphones et des effets visuels généralisés, il y a un parti pris déroutant au premier abord : présenter le contenu des SMS sur un fond de couleur. Et c’est tout. Sauf que réduits à leur plus simple expression – des mots – ces messages s’imposent comme l’expression simple et (…enfin) directe de tout ce qu’Armand se révèle incapable de ne pas compliquer tout au long du film. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film s’achève avec l’un de ces textos laconiques et lucides : « Je reviens. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :